30 novembre 2009

Bulles en cage

Sur l’exposition permanente du Centre belge de la bande dessinée à Bruxelles (Belgique)

Lucky Luke CBBD.JPGBruxelles est à l’amoureux de la bande dessinée ce que Rome est au catholique : un pèlerinage qu’il faut avoir fait au moins une fois dans sa vie, la ville sainte du 9ème art. Terre qui a vu naître nombre de prophètes des bulles et des cases comme Hergé ou Franquin, et des monstres sacrés tels que Tintin, Lucky Luke ou Gaston Lagaffe, la visite du Centre belge de la bande dessinée (CBBD), sorte de « musée de la BD » créé en 1989, est une visite incontournable de la capitale belge. De plus, le lieu en lui-même favorise le recueillement : édifice de style art nouveau conçu par l’architecte Victor Horta en 1906, son architecture vaut à elle seule le coup d’œil.

A peine pénètre-t-il dans ce temple du 9ème art que le visiteur tombe nez-à-nez avec Lucky Luke, avant de croiser le roi de la BD belge, Tintin, accompagné de ses fidèles compagnons Tournesol et le capitaine Hadock.

Allons plus avant. Les tickets pris, on se retrouve quelques mètres plus loin dans un couloir dont, au mur, les panneaux nous décrivent le processus de création d’une bande dessinée, du scénario à la colorisation.

DSC02257.JPGProgressons. Au premier étage, on rentre enfin dans le saint du saint, la partie dédiée à nos idoles. Une suite de panneaux nous présente les principaux personnages de la BD belge, ses dessinateurs incontournables, l’épopée de magazines tels que le Journal de Tintin, qui ont tant fait pour l’éclosion, l’enracinement et le rayonnement du 9ème art.

Le parcours est riche, dense, et le visiteur peut découvrir de nombreuses planches originales. Trop riche et trop dense ?

Trop de bulles tuent la bulle

Mettre en scène la bande dessinée, à l’attention des passionnés, des amateurs ou des simples curieux, n’est certes pas une sinécure. Art du livre, art par définition pictural et graphique sur un espace réduit – la planche – comment transposer dans l’espace « grand format » l’univers imaginaire et riche des œuvres de la BD et de leurs auteurs ? Une suite de panneaux dédiée à tel auteur, puis une autre à tel autre, et encore celle-ci à celui-là, agrémentées de courts textes explicatifs et de nombreuses planches : la scénarisation est décevante. Ainsi, si l’exposition de planches est sans doute incontournable, la multiplication de celles-ci, simplement juxtaposées, donne le tournis au plus averti des lecteurs.

DSC02264.JPGCertes, ici et là, on sent bien un effort. La reconstitution grandeur nature du bureau de Gaston Lagaffe par exemple (voir photo). Mais c’est tout le problème. On sent une mise en scène retenue. Pourquoi ? Combien de lecteurs n’ont pas rêvé de se retrouver au côté de leur héros, d’entrer dans leur univers ? Pourquoi alors avoir opté pour une mise en scène aussi réservée ? Peur de transformer cet espace sacré du 9ème art en une espèce de parc d’attraction ? Crainte que le visiteur n’oublie que la bande dessinée est un art à part entière et fait lui aussi appel à de réels talents et une vraie maîtrise de l’écriture et du dessin ?

Pourtant, la scénarisation et la mise en scène aurait tiré avantage à exploiter davantage et à transposer dans l’espace les imaginaires des BD. Moins de planches – elles peuvent tout à fait faire l’objet d’expositions temporaires thématiques – des textes de présentation plus riches tout en restant concis (quelles sont les sources d’inspiration de tel dessinateur ? Pourquoi l’évolution de la représentation de tel personnage ? Etc.), et, pourquoi pas, quelques supports multimédias bien ciblés (interviews de dessinateurs, présentation vidéo des évolutions des personnages, etc.) – bref, un espace plus interactif encore.

DSC02266.JPGEnfin, on peut regretter que la technique de conception d’une bande dessinée ne soit évoquée qu’en début de parcours (sur des panneaux méritant d’être modernisés) comme s’il s’agissait de se « débarrasser » de cette partie « technique » avant de passer au « plus important ». De plus, là encore, l’utilisation du multimédia aurait permis d’alléger le parcours d’exposition. On regrette également que les nouvelles techniques utilisées dans la bande dessinée, notamment informatiques, soient relativement peu évoquées.

Au final, un musée riche, qui, même si muséographie et scénographie mériteraient d’être revues, reste incontournable.

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En quelques mots

Bozz’arts a aimé :

  • Redécouvrir ses auteurs préférés, découvrir tous les autres
  • La "matérialisation" des univers de certains auteurs
  • Admirer certaines planches originales

Bozz’arts a moins aimé :

  • La simple juxtaposition des planches, trop nombreuses (quel tournis !)
  • Le parcours présentant les étapes de création d’une bande dessinée, qui mériterait d’être revu et valorisé dans le parcours général d’exposition

Bozz’arts recommande ? Oui ! Qui aime bien critique aisément ;-)


Sites web :

- Site du CBBD : http://www.cbbd.be
- Pour préparer son voyage à Bruxelles : http://www.opt.be ou http://www.tourismebelgique.com


[ Attention ! Les photos de ce post ne sont pas libres de droits.]

07 septembre 2009

Les huit salopards

Sur le film Inglorious basterds de Quentin Tarentino


inglorious basterds.jpg

Psychédélique et jubilatoire. Lorsque Tarantino réécrit l'histoire de la Seconde guerre mondiale, il le fait façon western avec des brutes, des méchants... et pas beaucoup de bons. Mais comment un bon pourrait-il trouver sa place lorsqu'en lieu et place du Grand Ouest américain, de ses cow-boys et de ses shériffs, le spectateur se trouve largué au milieu de la France occupée, coincé entre nazis peu séduisants et Américains assoifés de sang allemand ?

Les salopards cuvée 2009

1941 : le colonel nazi Hans Landa est dépêché en France pour trouver et éliminer les familles juives en fuite. Sa renommée le précède et très vite il prouve qu'il mérite amplement son surnom de "Chasseur de juifs". 1944 : le lieutenant Aldo Raine et huit soldats juifs américains sont parachutés en pleine campagne. Mission : tuer, trucider, scalper du nazi. Le plus possible.

En écho aux douze salopards de Robert Aldrich, et bien loin des soldats "propres sur eux", valeureux et intègres, de Spielberg et de son Il faut sauver le soldat Ryan, la bande de huit salopards menée par Brad Pitt n'est pas composée d'anges, loin s'en faut. Plutôt de soldats casse-cous et sans pitié, qui prennent un malin plaisir à défoncer le crâne des allemands à coups de batte de base-ball ou à leur graver sur le front une croix gammée au couteau de chasse. Et pourtant  ces salauds nous sont furieusement sympathiques. Ils permettent de concrétiser sur pellicule les pulsions les plus inavouables et les moins charitables que nous pouvons avoir à l'encontre des nazis. Plus ils sont brutes et méchants envers eux, plus on les aime. Une véritable catharsis.

Magnifique Christoph Waltz

Quant à Christoph Waltz, il interprète magistralement le colonel Hans Landa - ce qui lui a valu de remporter le prix d'interprétation à Cannes - un tueur sans état d'âme, aux manières délicates, exquis et poli. Un personnage fignolé, véritable travail d'orfèvrerie dramatique. Un personnage que l'on aime détester... ou que l'on déteste aimer.

Quant à Tarantino, on retrouve la fièvre qui caractérise sa réalisation. Des longues scènes où les acteurs se confrontent, se dérobent, mentent, jouent au chat et à la souris, aux scènes rythmées et violentes, sous le feu de la mitraille, le spectateur ne voit pas passer les 2h30 que dure le film.

Un western impitoyable et jouissif.

Sites web :

- Site officiel du film : http://www.inglouriousbasterds-movie.com/
- Fiche sur www.allociné.fr : ici

27 juillet 2009

Very bad trip mais very drôle

Sur le film Very bad trip de Todd Philipps


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Une bande d'amis part à Las Vegas fêter l'enterrement de vie de garçon de leur meilleur ami. Mais au réveil, rien ne va plus...

L'histoire est vieille comme le monde, ou, tout au moins, comme la ville de Vegas, fondée en 1855 (mais bon, à l'époque, on n'y trouve que des Mormons, je pense donc que ce genre de déboires est bien postérieur à la date de fondation de la ville, Fermons-Là-Cette-Parenthèse-Historique).

Le sujet est cinématographiquement éculé : on ne citera pour l'exemple que le film de Peter Berg, Very Bad things (1999), avec Cameron Diaz et Christian Slater.

Devant Very bad trip, le spectateur peut donc légitimement être dubitatif. Mais bon, aux manettes, il y a Todd Philipps, réalisateur du fil Starsky & Hutch (2004) et scénariste de Borat (2006). Le spectateur se dit alors qu'il peut légitimement s'attendre à passer 90 minutes assez plaisantes... Ce n'est pas le cas.

Le malheur des uns fait la jubilation des autres

En fait, le spectateur passe 90 minutes drôles et déjantées.

Une chambre d'hôtel dévastée, un tigre dans la salle de bain, une poule (une vraie, pas de celles que l'on trouve traditionnellement à Las Vegas, non, une qui pond des oeufs et qui a des plumes, quoique celles de Vegas, elles ont souvent des plumes aussi, mais moins, et réparties de façon plus stratégique sur le corps...), un bébé, un mafieux chinois gay, efféminé et nu comme un ver enfermé dans le coffre de la voiture, Myke Tyson (oui, oui, le boxeur, himself), une call-girl fraîchement mariée, et les trois amis amnésiques, incapables de se souvenir des événements de la soirée et cherchant désespérément leur quatrième compère... qui, soit dit en passant, n'est autre que le fiancé.

Déjanté - on vous avait prévenu.

Des acteurs délicieusement dépassés et au bord de la crise de nerf. Mention spéciale à l'acteur Zach Galifianakis, qui interprète Alan Garner, acolyte bizarre, étrange, illuminé et légèrement beauf. Et Mesdemoiselles-Zé-Messieurs, le futur nouveau beau gosse d'Hollywood : Bradley Cooper, dans le rôle de Phil Wenneck, professeur désabusé fuyant une vie familiale morne et terne. Quant à Ed Helms, il incarne à merveille Stu Price, dentiste coincé et frustré (voir bande-annonce ci-dessous).

Des acteurs parfaits qui servent à merveille un scénario certes loufoque mais impeccablement construit et rythmé, où les rebondissements s'enchaînent au grand plaisir du spectateur.

Very bad trip : 90 minutes de pur bonheur !

PS : je n'ai toujours pas compris comment la poule, la vraie, s'est trouvée mêlée à cette histoire. Quelqu'un a-t-il compris ?

Sites web

- Site officiel du film (en français) : http://wwws.warnerbros.fr/hangover/
- Fiche sur www.allocine.fr : ici