22 juillet 2009
V.I.P. : Vrai, Impertinent, Piquant

Il est des manifestes qui ont le bon goût de mêler émotion, humour et réflexion, et qui ont la délicatesse de ne pas nous assomer de bons sentiments ou de discours pontifiants. Ils se font de plus en plus rares d'ailleurs, mais là c'est une autre histoire...
Celui qui nous intéresse (de manifeste) a été imaginé et écrit par Luc Leprêtre. Son nom ne vous dit peut être pas grand chose. Sa bouille peut-être un peu plus. Pas que sa bouille d'ailleurs, puisqu'il s'avère être un jeune homme souriant... en fauteuil roulant. Et des jeunes hommes en fauteuil roulant et souriant, vous avouerez qu'on n'en voit pas tant que ça. Donc, lorsque l'on en aperçoit un, en couverture du livre, Regards croisés sur le handicap, qu'il a coécrit avec le célèbre psyquiatre Marcel Rufo, et bien en général, on a tendance à s'en souvenir. Vous voyez ? Et bien Luc Leprêtre, c'est donc lui.
Bref, Luc - et oui nous sommes intimes, enfin, pas tant que ça, mais du coup je me permets de l'appeler par son prénom - après avoir relaté son accident et "sa vie d'après" dans Regards croisés sur le handicap, s'est lancé dans le roman avec Club V.I.P : Very Invalid Person (traduction : Personne Très Handicapée).
Un roman dénonçant, donc, la situation des personnes handicapées - ou "en situation de handicap", mais je préfère vous prévenir, Vous, Intégristes-Du-Politiquement-Correct, je n'utiliserai pas cette expression, passez donc votre chemin - à travers les aventures de trois personnages attachants, Jérémy, Samy et Aminata, eux aussi sur roues, et qui, malgré leurs compétences professionnelles, ne trouvent pas d'emploi.
Nos héros décident alors de monter leur propre entreprise afin de prouver au monde des bipèdes qu'ils ont, comme eux, l'esprit d'initiative, et, surtout, de l'énergie et des qualités à revendre (enfin, à employer).
Jusque là, c'est gentillet.
Oui mais.
Le temps, c'est de l'argent
Là où tout cela devient intéressant, c'est que nos trois comparses décident de monnayer auprès desdits bipèdes les privilèges dont ils bénéficient de part leur handicap : vous "louez" un de nos héros, et il vous permet de passer en priorité partout : montagnes russes, caisses des magasins, concerts... Plus besoin d'attendre. Essayer un de nos handicapés, c'est l'adopter ! Leur entreprise rencontre d'ailleurs rapidement un franc succès.
Evidemment, un tel négoce n'est pas sans poser quelques questions existentielles et morales à nos protagonistes... J'arrête là, je préfère vous laisser le plaisir de découvrir par vous même les aventures de nos héros. Des personnages, d'ailleurs, aux personnalités bien affirmées : Jérémy, jeune homme en constante rébellion, prompt à se mettre dans le pétrin, Aminata, jeune femme émancipée et diablement sensuelle, experte mode, Samy, le Sage de la bande, prof dont aucun établissement ne veut.

Un roman drôle, juste, réaliste, où, pour Celles-Et-Ceux-Qui-Ne-Le-Savez-Pas-Encore, une personne handicapée, ça fait ses courses, ça peut vivre seule et de façon indépendante, et, comble de l'ébahissement pour Vous-Qui-Ne-Le-Savez-Pas-Encore (oui, on ne s'en doutait pas, mais si Luc le dit, c'est que ça doit être vrai), ça baise et, parfois, ça se met en couple avec une personne bipède (quelle drôle d'idée, non ?) et ça veut et peut avoir des enfants - et du coup, ça fait l'amour... Et si vous vous demandez bien comment, et bien voilà une (autre) bonne raison pour vous plongez dans ce roman, où tout cela est très bien décrit.
Naissance d'une plume
Bien décrit, oui. L'écriture, elle, reste ici et là maladroite : une certaine fragilité dans le style, des tournures parfois un peu pataudes.
Si les personnages sont attachants, Luc frôle parfois la caricature dans la façon dont il décrit ses héros. Exemple : Aminata, qui réussit "l'exploit" de cumuler trois "handicaps" : fauteuil roulant + noire + musulmane. Loin de moi l'idée qu'il n'existe aucune femme noire, musulmane et en fauteuil roulant (j'aimerais bien !). La question n'est pas là. Mais quand un personnage est à ce point "gâté" par la nature et les événements, on doit se garder, d'un point de vue stylistique, de formules et de descriptions lourdaudes. D'autant plus que d'autres passages (heureusement plus nombreux) sont enlevés, telle cette lettre réussie qu'adresse Samy à son recteur d'académie.
Aucun temps mort dans le roman : le rythme est vif, les rebondissements s'enchainent, ce qui permet d'oublier rapidement les maladresses de l'écriture pour ne s'attacher qu'à ce qui est conté avec humour - souvent - et émotion - juste ce qu'il faut.
Luc Leprêtre, un auteur à suivre, assurément ; Club V.I.P : Very Invalid Person, un roman à lire, urgemment.
Sites web :
- Anne Carrière Editions : http://www.anne-carriere.fr
- La fiche de Luc Leprêtre chez Anne Carrière Editions : http://www.anne-carriere.fr/fiche_auteur_lepretre-luc-26....
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| Tags : luc lepretre v.i.p. roman |
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21 janvier 2009
D'un monde à l'autre
Paris, fin 2007. Il fait froid, les gens sont gris, le temps est triste.
Et là, sorties d'on ne sait où, des taches éclatantes, rouges, sur les murs des kiosques et du métro. Les affiches publicitaires annonçant l'arrivée d’une nouvelle série d’albums de bande dessinée, Le Grand mort, ne peuvent passer inaperçues. Elles détonnent gaiement et cassent la sinistrose ambiante. Au scénario, Régis Loisel, dessinateur et scénariste français bien connu du monde de la bulle. Il a notamment réalisé les albums de Peter Pan, Magasin général, ou encore La quête de l’oiseau de temps. Au dessin, Vincent Mallié, dessinateur de L’Arche. Campagne publicitaire efficace, notoriété du scénariste et du dessinateur : Larmes d’abeille, le premier tome de la série, est attendu.
Il était une fois, donc, une jeune parisienne débarquant en Bretagne, en pleine campagne. Elle ne connait bien évidemment rien des réalités « paysannes ». Lorsque sa voiture tombe en panne, elle ne peut donc pas refuser l’aide d’Erwan qui, en plus de la tirer du pétrin, l’héberge le temps d’une nuit. Ce jeune homme réservé va alors l’entraîner dans un monde parallèle et fantastique, dans une quête entourée de bien des mystères.
Le dessin de Mallié ressemble furieusement à celui de Loisel : tracé fins et précis, détails du dessin, notamment dans la représentation soignée du monde parallèle et de ses habitants fantastiques, cadrages parfaitement étudiés, éclairages servant l’atmosphère mystérieuse de ce premier tome.
Rien à redire non plus de la mise en couleurs de François Lapierre.
Graphiquement, l’album ne peut que séduire.
Quant au scénario… Loisel présente les protagonistes principaux, plante le décor, installe l’histoire. Bien. Mais le scénario manque un peu de souffle. Globalement, le rythme est lent. Est-ce pour mieux mettre en exergue le mystère entourant la quête des personnages principaux ? Il n’empêche, on est un peu déçu, car les premières pages, où Pauline bascule dans ce monde parallèle sans comprendre ce qui lui arrive, sont véritablement accrocheuses.
Bilan mitigé alors ? Sans doute. Mais si on n’est pas entièrement conquis, rien d’irrémédiable : on achète le deuxième volet, Le Grand mort.
Et là, retour à la réalité. A la dure réalité. A nouveau plongé dans notre monde, Erwan part à la recherche de Pauline dans un Paris aux airs post-apocalyptiques : chômage à grande échelle, pauvreté gangrenant une capitale aux habitants désemparés. Le monde est détraqué. Et Pauline, pourquoi déménage-t-elle à tout bout de champ ?
Là encore, le graphique ne dessert en aucun cas l’album. Quant au scénario, hélas, mille fois hélas, il traîne toujours en longueur, si ce n’est plus. Erwan ne cesse d’errer à la recherche de son amie, courant d’un endroit à l’autre. Certes, on se demande, avec Erwan, ce que Pauline peut bien fuir. Certains éléments sont troublants… Mais l’histoire ne décolle pas. Il semble que l’album soit avant tout un prétexte pour représenter une capitale plongée dans le plus grand désarroi, dans un monde qui décidemment ne tourne pas rond. Mais encore ? Rien. Erwan continue de chercher…
Quel dommage ! Quel gâchis ! Un graphisme aussi réussi pour un scénario aussi décevant… Donnera-t-on une chance au troisième et dernier volet ? Hum… A voir…
*
Sur le web :
Le site officiel de Régis Loisel : http://www.regisloisel.com
Le blog officiel de Vincent Mallié : http://www.vincentmallie.blogspot.com
Le site des éditions Vent d'Ouest : http://www.ventsdouest.com
Site dédié à la BD (base de données, avis de lecteurs, etc.) : http://www.bdtheque.com
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